• Noir Facebook Icône
  • Noir LinkedIn Icône
  • Noir Icône Instagram
  • Noir Twitter Icon

Récit de vie : Dossier n°2018/01-SB111.1264

Mis à jour : mai 25

Voici le récit de vie de l'une de nos bénéficiaire, qui a souhaité auprès de vous, lecteur, partager l'histoire de son parcours difficile.

Son enfant n'ayant pas connaissance des faits de violences conjugales, nous avons pris la décision d'anonymiser le récit. Après mure réflexion, le Sujet de cette histoire a choisi de s’appeler Sarah.


En début d'année 2018, lors d'une matinée neigeuse au ciel grisaillé, nous rencontrons pour la première fois Sarah, une femme d'un mètre cinquante-six, d'une cinquantaine d'années. D'un pas lent et boiteux, faisant attention de ne pas glisser, elle s'approche de nous, le visage souriant. Après avoir procédé aux formalités de présentation, nous nous dirigeons vers un café. Elle, étonnée, propose de simplement se diriger vers le McDonald d'en face. Nous insistons, et lui disons que nous l'invitons pour un petit déjeuner. Après mure réflexion, elle accepte complexée.



Devant une tartine au nutella et un jus d'orange pressé, nous entamons notre discussion.

Sarah se représente. C'est une mère de famille seule et sans domicile fixe. En 2012, elle et son enfant, âgé de 12 ans à cette époque, quittent leur petit logement, lieu de mauvais souvenirs, et symbole des violences conjugales qu'elle a subi. Pendant plusieurs mois, ils sont hébergés par ci par-là, puis obligés de dormir dans une voiture jusqu'à ce qu'ils soient pris en charge par le Samu social. Le 115 comme elle dit, les place dans un hôtel. Pendant 2 ans, ils logent dans une petite chambre étroite pleine de souris, dont le seul point positif reste l'agréable accueil du personnel hôtelier.

Le début des démarches administratives

En 2015, son hôtel subit des travaux, ils sont expulsés. A partir de là, ce sont des complications. Elle est transférée dans un premier hotel, petit, lugubre aux fenêtres barreaudés avec un lit pour elle et son enfant de 15 ans. Elle demande d'être transférée et sa demande est favorablement accueillie. Ils sont transférés dans une résidence étudiante, dans un petit studio sympathique au cadre joyeux.

Baladés de droite à gauche

En 2016, on lui apprend que le 115 ne paye plus la chambre et qu'ils veulent procéder à son expulsion. Les responsables de la résidence clôturent sa chambre. Elle demande une solution au 115, et ils lui trouvent une chambre dans le nord de Paris. Une amie, ne souhaitant pas que son enfant soit baladé de droite à gauche, se propose de l'accueillir dans sa résidence étudiante. Sarah, seule, se dirige vers l'hotel dans lequel elle est affectée. A son arrivée, deux individus se battent violemment. Elle rappelle le 115 pour obtenir la possibilité d'être transférée dans un lieu plus sûr. Elle est mise en attente, pendant ce temps, elle assiste à un và et vient de prostituées. Décidée à ne pas rester dans ce lieu de débauche, incapable du fait de son handicap de monter les 4 étages qui la sépare de la chambre qui lui est imposée, elle préfère encore vivre dans un box qu'elle avait loué pour ranger ses affaires car elle le juge plus sûr.


Néanmoins, un jour de forte pluie, son box est inondé, et elle se retrouve totalement mouillée. Errante dans le 20e arrondissement de Paris, son esprit est ailleurs. La peur de ne savoir que faire de sa vie remplit son esprit. Alors qu’elle est assise sur un banc, une femme d'un air sympathique s'approche d'elle et lui demande si elle va bien. Elles entament une conversation chaleureuse et réconfortante. L'inconnue, inquiète de la laisser sous la pluie, lui propose d'appeler le 115, pour obtenir un lieu mieux adapté. Le 115, à la lecture de son dossier, rappelle à cette inconnue que Sarah a déjà une chambre qui lui a été attribué, malgré le fait qu'elle ne soit pas adaptée à son handicap. Bien que le ton de l’appel soit ferme, le Samu social accepte de venir la récupérer. L'inconnue l'accompagne vers un lieu permettant au 115 de la retrouver. Trempée de jusqu’aux os, le 115 la conduit dans un hôpital, dans lequel elle rencontre une jeune femme de nationalité roumaine. Fatiguée et mouillée, elle se couche et s'endort dans ses vêtements collants. Le lendemain, elle se réveille en pyjama. La femme qui partageait sa chambre a eu la gentillesse de lui ôter ses vêtements humides, mais Sarah n'aura pas l'opportunité de la remercier, car elle n'est plus là.


Le jour même, elle va voir une travailleuse sociale du 115, celle-ci lui demande de récupérer les affaires de son enfant qui étaient stockés dans la chambre qu'ils occupaient dans la résidence étudiante. Un rendez-vous est fixé, elle s'y rend fatiguée et est accueillie par trois travailleurs sociaux. Une des travailleuses s'énerve de voir Sarah s'asseoir et lui demande de se lever, de récupérer ses affaires le plus vite possible et la menace d'appeler la police. Consternée par le manque de respect à son encontre, Sarah prise par la colère, de ce sentiment d'être traitée comme une moins que rien décide de faire le contraire. Son interlocutrice décide d'appeler les pompiers. Selon Sarah, l'un des étudiants qui aurait entendu l'appel lui aurait dit que lors de l'appel aux pompiers, la travailleuse sociale aurait dit au pompier que Sarah était suicidaire. A l'arrivée des pompiers, Sarah les informe qu’elle va bien, et malgré sa situation compliquée, jamais elle n'a pensé se résigner à la mort et surtout à abandonner son enfant. Les pompiers, non inquiets pour la santé mentale de Sarah, quittent les lieux en signifiant à la personne qui les a appelés que cette appel était nuisible à leur travail. Non contente de voir Sarah occuper les lieux, la travailleuse sociale contacte cette fois ci la police. A leur arrivée, la police refuse de procéder à une expulsion du fait du handicap de Sarah et leur conseille de contacter la mairie. Sarah sera toutefois dans l'obligation de quitter la chambre, qu'elle même admet avoir squattée car la résidence aurait, à la demande des travailleurs sociaux, coupé l'eau et l'électricité dans sa chambre.

Des moments de bonheurs

Elle retourne alors dans un hébergement d'urgence, se retrouve parfois placée dans un hôtel et se voit même une fois obligée de quitter les lieux car le paiement de sa chambre était fait tardivement par le 115. C'est une situation qui se répète à deux reprises avec quelquefois des retours dans son box, cette fois ci avec son enfant. Il lui arrive néanmoins d'avoir des moments de "chance". Elle et son enfant sont parfois placés dans des hôtels dont la chambre est plus spacieuse, plus propre, c'est pour elle une suite, car parfois il y a même le service qui est inclus. Les deux retrouvent le sourire en début d'été 2016, mais c'est un moment de joie temporaire. Au milieu du mois d'août, on les déplace dans une chambre plus petite, passant du lit double au lit superposé, le moral baisse.

Le droit au logement

En janvier 2017, la chance revient, on la place dans hôpital réquisitionné par la municipalité dans le cadre de la période hivernale. L'hôpital était un lieu de prospérité pour elle, car elle pouvait y recevoir son kinésithérapeute. Mais en avril, une rechute, ils sont expulsés et placés dans d'autres centres d'hébergement d'urgence. Concomitamment, elle essaye de faire valoir son droit au logement. Un premier logement leur est proposé, c'est un appartement de 72m² qui la fait rêver. Mais le bailleur refuse son offre en raison de ses trop faibles revenus. Une deuxième proposition lui est faite, mais cette fois ci, c'est elle qui refuse. Sarah se justifie par le fait que le logement proposé, une chambre, n'était manifestement pas adapté à son état de santé. Cette décision, elle l'ignorait, aura des conséquences négatives sur son dossier de demandeur de logement social.

Le refus d'une proposition manifestement inadaptée à sa situation ?

En septembre 2017, ils sont placés dans un foyer pour migrants. Sa petite chambre est selon elle envahie par des cafards et les lavabos présentent des excréments possiblement d'origine humaine. Elle demande, pour elle et son enfant d'être transféré dans un logement plus sain. Mais l'indication d'un refus d'une proposition de logement dans son dossier joue à son désavantage. Les travailleurs sociaux avec qui elle discute ne la prennent pas au sérieux, et la qualifie de personne trop exigeante. On l'informe qu'on pourrait placer son enfant à l'aide sociale à l'enfance. Elle cherche a faire valoir que son refus était justifié par son handicap, mais les services administratifs ne trouve pas les traces d'une justification lors du refus.

Le quiproquo

En novembre 2017, on lui propose une chambre pour elle et son enfant. Bien qu'inadaptée pour deux personnes et n'étant pas adaptée à son handicap, car ne pouvant recevoir son médecin, elle se résigne à signer le bail. Mais à la veille de la signature du bail, une représentante d'un bailleur social lui dit qu'elle essayera de repositionner son dossier afin de bénéficier d'un hébergement PMR [Personnes à mobilité réduite]. Sarah, réjouie, refuse de signer le bail de la chambre proposée. Suite à ce refus, on lui demande de quitter les lieux, elle est expulsée.


Elle se retrouve à la rue pendant 10 jours en période hivernale. Pendant cette période, elle allait au cinéma, dans lesquelles elle bénéficiait de gratuités, simplement pour y dormir. Et en décembre 2017, le 115 lui propose un hébergement d'urgence.



En janvier 2018, nous rencontrons Sarah. Son enfant vit une instabilité sociale, mais sa détermination le pousse à poursuivre ses études. Depuis que nous suivons Sarah, nous l'accompagnons dans ses démarches administratives, tentons de faire valoir son droit au logement, tout en lui fournissant des conseils pour éviter les erreurs administratives et veiller à la bonne situation de son enfant. Elle a obtenu une reconnaissance du statut prioritaire de sa situation par la Commission de médiation de Paris et est actuellement en hébergement d'urgence. Elle reste dans l'attente d'une proposition de logement stable et n'est pas suivie par une assistante sociale.



Si l'histoire de Sarah vous a touchée, vous pouvez la soutenir en lui faisant un don.

Vous pouvez également nous contacter si vous souhaitez obtenir de plus amples informations sur elle, ou si vous avez des propositions ou moyens de l'aider.

Pour faire un don à Sarah


Nous vous informons que cela constitue le récit de Sarah raconté par Sarah. Nous n'avons pas vérifié le fond de son histoire, mais simplement la cohérence des faits allégués. Sa position peut paraitre très critique à l'égard de certains travailleurs sociaux, mais cela ne saurait être généralisé. L'OSAA travaille régulièrement avec des travailleurs du social, dont le dévouement est pour notre association une source d'inspiration.



Retranscription par Pierre F. Wage.

Contact

Organisation Solidaire d'Aides Administratives

57 rue Raspail, Levallois-Perret, 92300

E-Mail : contact@osaa.fr

Tél : 06 51 21 26 68 

  • White Facebook Icon
  • Blanc Icône Instagram
  • Blanc Twitter Icon
  • White LinkedIn Icon

© www.osaa.fr 2020

par L'Organisation Solidaire d'Aides Administratives, association à but non lucratif régie par la loi du 1er Juillet 1901.

Association n°W922010817

arrow&v